Road trip Route des Grands Crus de Bourgogne : l'itinéraire des Climats, de Dijon à Santenay
La Route des Grands Crus de Bourgogne est sans doute le plus petit grand road trip du monde : une soixantaine de kilomètres seulement, mais qui alignent les noms les plus convoités du vin sur la planète. De Dijon à Santenay, on remonte mille ans d'histoire viticole à travers les Climats classés à l'UNESCO. Voici l'itinéraire complet en 17 étapes, avec la carte interactive, la durée conseillée, le budget, la meilleure saison et tous nos conseils de terrain · prêt à lancer dans Google Maps.
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Il existe peu d'endroits au monde où une bande de terre aussi étroite concentre autant de prestige. La Route des Grands Crus de Bourgogne déroule, sur la mince frange de coteaux qui sépare Dijon de Santenay, les appellations les plus mythiques et les plus chères du vin : Chambertin, Musigny, Romanée-Conti, Clos de Vougeot, Corton, Montrachet. On a coutume de l'appeler les « Champs-Élysées de la Bourgogne », car le moindre panneau de village est un nom que les amateurs du monde entier prononcent avec révérence. Et pourtant, tout cela tient dans une promenade d'à peine soixante kilomètres, à flanc de colline, exposée plein est, face au soleil levant.
Ce qui rend ce voyage unique, ce n'est pas un panorama spectaculaire isolé, c'est la densité de l'histoire inscrite dans le paysage. Ici, depuis le haut Moyen Âge, les moines de Cîteaux et de Cluny ont observé, goûté, comparé, parcelle par parcelle, et délimité ce que les Bourguignons appellent les Climats : des morceaux de vigne précisément bornés, chacun avec son sol, sa pente, son exposition, son nom propre, qui donnent des vins reconnaissables entre mille. Ce patchwork d'environ 1 250 Climats, fruit de mille ans de patience, est inscrit depuis 2015 au patrimoine mondial de l'UNESCO. Rouler sur la Route des Grands Crus, c'est lire à ciel ouvert le plus vieux cadastre du goût qui soit.
C'est aussi un road trip d'une rare douceur de vivre. On ne fait pas la Route des Grands Crus pour avaler des kilomètres : on la fait pour s'arrêter. Pour pousser la porte d'un caveau voûté, descendre dans une cave fraîche où dorment des barriques, écouter un vigneron raconter sa parcelle, lever un verre à contre-jour. Pour déjeuner d'œufs en meurette et de bœuf bourguignon dans un bistrot de village, flâner dans les hospices et les hôtels particuliers de Beaune, pédaler entre deux rangs de pinot noir sur la Voie des Vignes. Le rythme est lent, gourmand, contemplatif.
Enfin, c'est un voyage étonnamment accessible et complet. À deux heures de train de Paris, à une heure de l'aéroport de Lyon, la Bourgogne se rejoint facilement. L'itinéraire est court, plat ou doucement vallonné, balisé par des panneaux marron caractéristiques, et se prête aussi bien à la voiture qu'au vélo. On peut le vivre en escapade gastronomique de trois jours, ou l'étirer en une semaine en poussant vers le Chablisien au nord et le Mâconnais au sud. Quelle que soit la formule, on en revient avec le palais éduqué, le coffre alourdi de quelques bouteilles et le sentiment d'avoir touché du doigt l'un des plus beaux terroirs de la planète.
La carte de l'itinéraire
Les villages et étapes, dans l'ordre, de Dijon à Santenay :
L'itinéraire étape par étape
1. Dijon · la capitale des ducs de Bourgogne
Point de départAvant de prendre la route des vignes, offrez-vous au moins une demi-journée à Dijon, point de départ officiel de la Route des Grands Crus. L'ancienne capitale des puissants ducs de Bourgogne a conservé un centre médiéval et Renaissance superbement préservé, presque entièrement piéton, que l'on parcourt en suivant le « parcours de la chouette », ce petit rapace sculpté sur l'église Notre-Dame que l'on touche de la main gauche pour faire un vœu. Ne manquez pas le palais des ducs et son musée des Beaux-Arts gratuit, l'un des plus riches de France, les toits vernissés multicolores typiquement bourguignons, et les ruelles bordées de maisons à colombages. Côté gourmandise, Dijon est évidemment la ville de la moutarde : poussez la porte de la Moutarderie Fallot ou de la boutique Maille pour goûter les variétés à la pression. Goûtez aussi le pain d'épices et le kir, ce mariage de vin blanc aligoté et de crème de cassis inventé ici. Les Halles centrales, dessinées par Gustave Eiffel, débordent de produits du terroir les mardis, vendredis et samedis matin. Faites le plein de provisions et de souvenirs avant de mettre le cap au sud sur la D122, la fameuse route des villages, et de plonger dans la Côte de Nuits. Sachez aussi que Dijon abrite désormais la Cité internationale de la gastronomie et du vin, vaste site dédié aux arts de la table et aux vins de Bourgogne, qui constitue une excellente mise en bouche culturelle avant de prendre la route. Un dernier café en terrasse sur la place de la Libération, dessinée par Hardouin-Mansart, et l'aventure peut commencer.
2. Marsannay-la-Côte · le seul rosé de la Côte
~9 km · 15 minÀ la sortie sud de Dijon, après le faubourg viticole de Chenôve et son immense pressoir des ducs de Bourgogne, on entre dans le premier vrai village de la route : Marsannay-la-Côte. Curiosité bourguignonne, c'est la seule appellation village de la Côte d'Or à produire les trois couleurs, rouge, blanc et surtout rosé, une rareté dans une région qui ne jure que par le rouge et le blanc. Le rosé de Marsannay, élégant et gastronomique, mérite que l'on s'y attarde dans l'un des nombreux caveaux du village. C'est une porte d'entrée idéale et abordable vers les vins de la Côte : les prix y restent doux comparés à ses voisines mythiques, et l'accueil des vignerons y est souvent chaleureux et décontracté. Profitez-en pour repérer déjà le découpage du vignoble en parcelles, ces Climats que vous allez apprendre à lire tout au long du voyage. Le château de Marsannay, vaste domaine moderne, propose des dégustations didactiques très accessibles aux débutants, idéales pour poser les bases avant les appellations plus prestigieuses qui suivent. En quittant le village, la silhouette de la Côte se dessine sur votre droite : une longue échine boisée au sommet, et sur ses flancs orientés à l'est, le ruban continu des vignes qui descend vers la plaine de la Saône.
3. Fixin · les vignes et le souvenir de Napoléon
~4 km · 8 minPetit village discret souvent négligé par les visiteurs pressés, Fixin offre justement, pour cette raison, une halte authentique et tranquille. Ses vins rouges, robustes et bien charpentés, sont parmi les meilleurs rapports qualité prix de la Côte de Nuits, à l'ombre de leurs voisins illustres. Mais Fixin recèle aussi une curiosité historique inattendue : le parc Noisot, aménagé par un ancien capitaine de la garde impériale fidèle à Napoléon, qui y fit ériger une statue de bronze figurant « le Réveil de Napoléon ». Une courte montée à pied dans le bois mène au monument et offre un beau point de vue sur le vignoble et la plaine. C'est l'occasion d'une première vraie balade à pied, jambes dégourdies, avant de reprendre le volant. Le village conserve aussi une jolie église romane et le Clos de la Perrière, l'un de ses premiers crus les plus réputés, clos de murs comme le veut la tradition cistercienne. Pour déjeuner, quelques tables de village servent une cuisine bourguignonne sans chichis, parfaite pour caler l'appétit avant Gevrey. Fixin incarne bien l'esprit de cette route : derrière les noms les plus criards se cachent des pépites modestes qui récompensent les curieux.
4. Gevrey-Chambertin · le roi des vins, le vin des rois
~5 km · 8 minPremier grand nom de la route, Gevrey-Chambertin est le village qui compte le plus de grands crus de toute la Bourgogne : neuf, dont le légendaire Chambertin, que Napoléon emportait, dit-on, jusque sur les champs de bataille, coupé d'eau. On disait du Chambertin qu'il était « le roi des vins et le vin des rois ». Le village est dominé par un château médiéval et s'étire sur deux niveaux : le bourg ancien, autour de l'église, et le bas du village, plus récent, le long de la route. Les Climats les plus prestigieux, Chambertin et Chambertin-Clos de Bèze, s'alignent sur le coteau au sud, et l'on peut s'y promener à pied par les chemins entre les rangs, en lisant les bornes de pierre gravées du nom de chaque parcelle. C'est ici que l'on comprend physiquement ce qu'est un Climat : quelques mètres de différence d'altitude ou de pente changent tout. De nombreux domaines accueillent sur rendez-vous, et plusieurs caveaux du village permettent une dégustation plus spontanée. Côté table, Gevrey compte de belles adresses gastronomiques où goûter l'accord parfait entre un grand pinot noir et un coq au vin ou des œufs en meurette. Réservez une nuit ici si vous voulez vous imprégner de l'âme de la Côte de Nuits, là où le pinot noir donne ses expressions les plus puissantes et profondes.
5. Morey-Saint-Denis · le village discret aux cinq grands crus
~3 km · 6 minCoincé entre les deux géants que sont Gevrey-Chambertin et Chambolle-Musigny, le petit village de Morey-Saint-Denis est souvent traversé sans qu'on s'y arrête, à tort. Il abrite pourtant cinq grands crus, dont le Clos de Tart, monopole d'un seul propriétaire et l'un des plus beaux clos de Bourgogne, ainsi que le Clos des Lambrays et le Clos Saint-Denis. Ces clos murés, héritage direct des moines, dessinent un paysage poétique de pierres sèches et de portails anciens. Les vins de Morey font le trait d'union entre la puissance de Gevrey et la finesse de Chambolle : structurés mais déjà élégants, ils sont souvent considérés comme l'un des secrets les mieux gardés de la Côte, avec des prix encore raisonnables pour la qualité. Le village lui-même est paisible, à l'écart de l'agitation touristique, avec quelques domaines familiaux qui prennent le temps d'expliquer leur travail. C'est une étape idéale pour échapper aux foules et déguster dans une atmosphère intime. Promenez-vous le long des clos, observez les murets patinés par les siècles, et laissez-vous gagner par le calme de ce coin de Côte où le temps semble suspendu entre deux célébrités.
6. Chambolle-Musigny · la dentelle et les Amoureuses
~2 km · 5 minS'il fallait choisir un village pour illustrer la finesse et l'élégance de la Bourgogne, ce serait Chambolle-Musigny. Ses vins, réputés être les plus délicats et les plus aériens de la Côte de Nuits, ont la réputation d'une « dentelle » : tout en parfum, en soie et en subtilité. Les Climats portent ici des noms qui font rêver les amateurs : le grand cru Musigny, bien sûr, mais aussi le premier cru Les Amoureuses, dont le nom et la finesse en font l'un des vins les plus convoités et les plus chers du monde. Le village, tout en hauteur et en ruelles étroites, est adorable, avec sa vieille église, son tilleul planté il y a plusieurs siècles et ses maisons de pierre. Prenez le temps de monter à pied dans les vignes au-dessus du village pour embrasser du regard la mosaïque des parcelles. Plusieurs domaines de renom y sont installés, et la dégustation y est souvent une leçon de subtilité : on apprend à percevoir la différence ténue entre un village, un premier cru et un grand cru. C'est aussi un point de départ pour rejoindre, juste en contrebas, l'un des monuments les plus célèbres de toute la Bourgogne, qui marque l'étape suivante.
7. Vougeot · le château et le mythique Clos
~2 km · 4 minAu pied de Chambolle, le minuscule village de Vougeot abrite l'un des sites les plus emblématiques de la route : le château du Clos de Vougeot, entouré de ses 50 hectares de vignes ceintes de murs, le plus vaste grand cru de la Côte de Nuits. Édifié par les moines cisterciens au XIIe siècle, agrandi à la Renaissance, le château abrite aujourd'hui la confrérie des Chevaliers du Tastevin, qui y organise ses fameux dîners d'intronisation costumés. La visite, ouverte au public, permet de découvrir les gigantesques pressoirs médiévaux en bois, les celliers voûtés et de comprendre concrètement le travail monastique qui a façonné la Bourgogne viticole. Le Clos de Vougeot est emblématique de la notion de Climat : un même clos, mais des dizaines de propriétaires se partageant des parcelles aux qualités variables selon qu'elles sont en haut ou en bas du coteau. Faites le tour des murs à pied, photographiez le château dans son écrin de vignes, particulièrement photogénique à la lumière dorée du matin ou du soir. C'est ici, sans doute, que l'on ressent le plus fortement le lien millénaire entre la vigne, la religion et le pouvoir qui a fait la Bourgogne. Un arrêt incontournable, même pour qui ne déguste pas.
8. Vosne-Romanée · le saint des saints
~3 km · 6 minSi la Route des Grands Crus a un sommet absolu, c'est ici. Vosne-Romanée, village modeste en apparence, abrite le Climat le plus célèbre et le plus cher du monde : la Romanée-Conti, à peine 1,8 hectare de vigne dont chaque bouteille s'échange à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Tout autour s'alignent d'autres monuments du pinot noir : La Tâche, Richebourg, Romanée-Saint-Vivant, La Grande Rue. On dit ici qu'« il n'y a pas de vins communs à Vosne-Romanée ». La parcelle de la Romanée-Conti, étonnamment ordinaire à l'œil, est marquée d'une simple croix de pierre que les pèlerins du vin viennent photographier avec recueillement. On ne déguste évidemment pas ces nectars sur place, mais le village compte des domaines plus accessibles et de jolis caveaux où goûter des Vosne-Romanée village et premiers crus déjà sublimes. Promenez-vous entre les rangs au lever du jour, quand la brume flotte encore sur les ceps et que la lumière rase fait scintiller le vignoble : c'est le décor de notre photo d'ouverture, et l'un des plus beaux moments du voyage. Le village lui-même est paisible et sans ostentation, comme s'il portait avec une discrète élégance le poids de sa gloire mondiale. Un lieu où l'on parle à voix basse. Anecdote révélatrice : la Romanée-Conti fut un temps surnommée la « plus chère poignée de terre du monde », et son domaine, géré par une poignée de familles, n'ouvre quasiment jamais ses portes au public, ce qui ajoute à son aura de mystère. Contentez-vous de longer les murets et de respirer l'air de ce coteau pas comme les autres.
9. Nuits-Saint-Georges · la capitale marchande
~3 km · 7 minAu sud de Vosne, Nuits-Saint-Georges est la plus grande ville de la Côte de Nuits, à laquelle elle a donné son nom, et son cœur commerçant. C'est ici que sont installées de nombreuses maisons de négoce historiques, ces marchands qui achètent, élèvent et commercialisent les vins de toute la région. La ville, plus animée que les villages traversés jusque-là, possède une jolie église gothique, un beffroi et de bonnes adresses pour déjeuner ou faire des emplettes. C'est un excellent endroit pour acheter du vin, comparer les appellations et se constituer une petite cave de voyage, les boutiques y étant nombreuses et variées. Curiosité : Nuits-Saint-Georges a donné son nom à un cratère de la Lune et à un astéroïde, et la ville accueille l'imaginarium, un espace de découverte ludique consacré aux vins effervescents et au crémant de Bourgogne, parfait avec des enfants ou pour varier les plaisirs. Côté vins, les Nuits-Saint-Georges rouges sont charpentés, virils, faits pour la garde, à l'image de cette ville de travail et de commerce. C'est aussi la fin de la Côte de Nuits : au-delà commence la Côte de Beaune, où le pinot noir va peu à peu céder du terrain au chardonnay et aux grands vins blancs. Faites le plein d'essence et de provisions avant de poursuivre.
10. Aloxe-Corton · la colline et ses deux grands crus
~12 km · 15 minAprès quelques kilomètres à travers les villages de la transition, on aperçoit de loin la silhouette caractéristique de la colline de Corton, dôme boisé à son sommet et ceinturé de vignes sur tous ses flancs. À ses pieds, le village d'Aloxe-Corton, reconnaissable à ses toits vernissés multicolores typiquement bourguignons, est le seul de la Côte à posséder à la fois un grand cru rouge, le Corton, et un grand cru blanc, le Corton-Charlemagne, dont la légende veut qu'il doive son existence à l'empereur Charlemagne lui-même, à qui l'on aurait planté du blanc pour ne plus tacher sa barbe de rouge. Cette colline est l'une des plus prestigieuses de la région et l'une des rares où l'exposition tourne tout autour, donnant des vins différents selon l'orientation. Le village est minuscule, charmant, avec quelques châteaux et domaines qui se visitent. Prenez le temps de faire le tour de la colline en voiture ou à pied pour saisir la géographie unique du lieu. C'est une étape un peu à part, marquant l'entrée dans la Côte de Beaune, où la dégustation se fait plus contrastée entre rouges puissants et blancs ciselés. Profitez-en pour goûter, côte à côte, un Corton rouge et un Corton-Charlemagne blanc : la même colline, deux mondes différents dans le verre.
11. Beaune · le cœur battant du vignoble
~6 km · 10 minCapitale des vins de Bourgogne, Beaune est le point central et l'âme de la route : prévoyez-y au moins une nuit, voire deux. La ville, toujours enserrée dans ses remparts médiévaux convertis en promenades et en caves, est un bijou. Son joyau absolu est l'Hôtel-Dieu, les Hospices de Beaune, ancien hôpital des pauvres fondé en 1443, avec sa cour intérieure coiffée d'un éblouissant toit de tuiles vernissées en motifs géométriques, sa grande salle des malades et son célèbre polyptyque du Jugement dernier. La visite est incontournable. Chaque troisième dimanche de novembre, la vente aux enchères des vins des Hospices, la plus célèbre du monde, anime la ville. Le sous-sol de Beaune est un gruyère de caves séculaires où de grandes maisons proposent des dégustations sur réservation : Bouchard, Patriarche et ses kilomètres de galeries, ou la moderne Cité des Climats et Vins de Bourgogne, ouverte récemment, qui offre une découverte ludique et complète du vignoble depuis sa tour panoramique. Flânez dans les ruelles pavées, faites le marché du samedi matin, attablez-vous dans l'un des nombreux bistrots à vin pour goûter une planche de jambon persillé et d'Époisses arrosée d'un verre au compteur. Beaune est aussi la base parfaite pour rayonner : c'est ici que l'on dort, que l'on dîne et que l'on prend le pouls de toute la région.
12. Pommard · le rouge puissant et viril
~5 km · 9 minJuste au sud de Beaune commence la prestigieuse enfilade des villages de rouges de la Côte de Beaune, et Pommard ouvre le bal avec panache. Ses vins, exclusivement rouges, sont réputés pour leur puissance, leur structure tannique et leur aptitude à la garde : ce sont des pinots noirs charpentés, presque musclés, à l'opposé de la dentelle de Chambolle. Le village, traversé par un petit ruisseau, est ramassé autour de son église et de son château, avec de nombreux domaines qui accueillent les visiteurs. Les premiers crus comme les Rugiens et les Épenots comptent parmi les plus réputés. Pommard a longtemps bénéficié d'une notoriété internationale précoce, notamment auprès des Anglo-Saxons, ce qui en fait un nom familier même pour les néophytes. C'est une belle étape pour qui aime les rouges denses et taillés pour vieillir, à déguster dans un caveau en écoutant le vigneron expliquer pourquoi le sol argileux donne ici cette poigne caractéristique. Le village est aussi un joli but de balade à pied ou à vélo depuis Beaune toute proche, par les chemins de vigne. Prenez le temps de comparer un Pommard et un Volnay voisin, deux villages mitoyens aux styles radicalement opposés : c'est l'une des plus belles leçons de terroir que la Bourgogne puisse offrir.
13. Volnay · la finesse face à Pommard
~3 km · 5 minÀ deux pas de Pommard, mais dans un autre registre, Volnay produit des rouges réputés pour être les plus fins et les plus délicats de toute la Côte de Beaune, presque féminins par contraste avec la robustesse de son voisin. Perché à flanc de coteau, le village offre un beau point de vue sur la plaine et l'enfilade des vignobles. C'est un lieu de prédilection pour comprendre, en dégustant côte à côte, à quel point quelques centaines de mètres et un changement de sol suffisent à transformer radicalement le caractère d'un vin issu du même cépage, le pinot noir. Volnay fut historiquement un domaine de prédilection des ducs de Bourgogne et des rois de France, qui appréciaient sa subtilité. Le village est paisible, peu fréquenté, idéal pour une dégustation tranquille loin des foules de Beaune. Plusieurs domaines familiaux y proposent un accueil chaleureux et pédagogue. Avant de redescendre, faites quelques pas dans les vignes pour profiter de la vue dégagée sur la Côte. Au-delà de Volnay, la route bascule vers les grands blancs : on quitte le royaume du pinot noir pour entrer dans celui du chardonnay, et le paysage gustatif change du tout au tout dès le village suivant, l'un des plus célèbres pour ses vins blancs.
14. Meursault · le grand blanc généreux
~4 km · 7 minBienvenue dans le royaume des grands blancs. Meursault, gros village prospère dominé par la flèche de pierre de son église, est synonyme de chardonnay opulent, beurré, généreux, aux arômes de noisette grillée et de fruits mûrs. C'est l'un des blancs les plus célèbres et les plus appréciés de Bourgogne, à la fois accessible aux amateurs et capable de très grande garde. Le village respire l'aisance, avec ses belles demeures de vignerons et son château. Chaque automne, Meursault accueille la « Paulée », troisième volet des Trois Glorieuses, ce grand banquet festif de vignerons qui clôt le week-end de la vente des Hospices et où chacun apporte ses meilleures bouteilles à partager. De nombreux domaines proposent des dégustations qui permettent de comprendre la palette des blancs bourguignons, depuis les villages jusqu'aux premiers crus comme les Perrières ou les Genevrières. Les caves de Meursault sont parmi les plus belles de la Côte, fraîches et profondes. C'est une étape gourmande par excellence : le chardonnay de Meursault accompagne merveilleusement les escargots, les poissons en sauce et les fromages crémeux de la région. Offrez-vous une dégustation comparative de plusieurs Climats pour saisir les nuances, puis poursuivez vers le sommet absolu des blancs, qui se joue dans les deux villages suivants, séparés par à peine quelques rangs de vigne.
15. Puligny-Montrachet · le plus grand blanc du monde
~4 km · 7 minVoici, pour beaucoup, le sommet absolu du vin blanc sur la planète. Puligny-Montrachet et son voisin Chassagne-Montrachet se partagent le grand cru Montrachet, considéré comme le plus grand chardonnay du monde, dont chaque bouteille atteint des sommets de prix et de rareté. Le village de Puligny est plus paisible et plus austère que Meursault, sans cave traditionnelle chez l'habitant car la nappe phréatique y est trop haute, ce qui oblige les vignerons à des solutions ingénieuses pour l'élevage. Autour du Montrachet s'alignent d'autres grands crus blancs prestigieux : Chevalier-Montrachet, Bâtard-Montrachet, Bienvenues-Bâtard-Montrachet, dont les noms à rallonge font sourire et rêver. La parcelle du Montrachet, simple bout de coteau borné de murets, attire les pèlerins du vin venus se recueillir devant ce qui n'a l'air de rien et vaut une fortune. Sur la place du village, un caveau et quelques domaines permettent de goûter des Puligny-Montrachet plus abordables, qui offrent déjà une idée de cette tension minérale et de cette longueur extraordinaires. C'est l'apothéose blanche de la route, le pendant exact de ce qu'est Vosne-Romanée pour les rouges. Prenez le temps d'y déguster lentement, en pleine conscience d'être à l'endroit où le chardonnay atteint son point de perfection mondialement reconnu.
16. Chassagne-Montrachet · rouges et blancs en harmonie
~2 km · 4 minJuste au sud, Chassagne-Montrachet partage avec Puligny le fameux grand cru Montrachet et produit certains des plus beaux blancs de la Côte, mais c'est aussi, fait notable, un village qui excelle dans les deux couleurs. On y trouve d'excellents rouges, longtemps majoritaires avant que la mode et le marché ne fassent basculer le village vers le blanc. Cette dualité en fait une étape passionnante pour qui veut comprendre la complémentarité des cépages bourguignons. Le village, accroché au coteau, est plus rural et moins guindé que ses illustres voisins, avec de nombreux petits domaines familiaux qui pratiquent un accueil simple et généreux. Les prix des Chassagne village et premiers crus, sans être donnés, restent plus accessibles que ceux des grands crus voisins, pour une qualité remarquable : c'est une excellente adresse pour remplir le coffre de bouteilles à boire dans les prochaines années. Anecdote géologique amusante : le sol de Chassagne renferme un marbre rosé qui fut exploité en carrière et orne certains monuments parisiens. Promenez-vous dans les ruelles, lisez les noms des Climats sur les bornes, et savourez d'être dans l'un des terroirs les plus complets de Bourgogne, juste avant le terminus de la route.
17. Santenay · le terminus thermal et festif
~4 km · 7 minLa Route des Grands Crus s'achève à Santenay, village au double visage : viticole comme ses voisins, mais aussi thermal et même doté d'un petit casino, héritage de son ancienne vocation de villégiature et de la présence d'une source d'eau riche en lithium. Le village s'étire en plusieurs hameaux entre la plaine et le coteau, dominé par un moulin à vent restauré, le moulin Sorine, d'où l'on embrasse un superbe panorama sur tout le vignoble parcouru, idéal pour un dernier regard d'ensemble sur la Côte. Santenay produit surtout des rouges souples et fruités, ainsi que quelques blancs, à des prix encore raisonnables, ce qui en fait une belle dernière occasion d'achat avant le retour. Le village possède une jolie église romane, des domaines accueillants et des chemins de promenade dans les vignes. C'est aussi le point de départ ou d'arrivée naturel de la Voie des Vignes, la piste cyclable qui relie Santenay à Beaune et au-delà à travers le vignoble, parfaite pour une dernière balade à vélo. Au sud de Santenay, la route bascule sur la Côte chalonnaise et le Maranges, ouvrant la voie à de possibles prolongements. Mais pour qui s'arrête ici, c'est le moment de lever un dernier verre, de contempler les coteaux depuis le moulin, et de savourer le chemin parcouru depuis Dijon à travers mille ans d'histoire et quelques-uns des plus grands vins du monde. Beaucoup de voyageurs choisissent d'ailleurs de terminer leur périple ici par un dîner de fête, levant leur verre à la Bourgogne sur la terrasse d'un domaine, le vignoble doré par le soleil couchant en toile de fond, avant de reprendre la route le cœur léger et la mémoire pleine de saveurs et de souvenirs précieux.
Infos pratiques & conseils
Combien de jours prévoir ?
Trois jours constituent le rythme idéal pour savourer la Route des Grands Crus sans se presser. La distance ne fait que soixante kilomètres, mais l'intérêt n'est pas de rouler : c'est de s'arrêter. Consacrez une première journée à Dijon et à la descente de la Côte de Nuits jusqu'à Nuits-Saint-Georges, une deuxième à la colline de Corton et à Beaune, une troisième à la Côte de Beaune et à ses grands blancs jusqu'à Santenay. En deux jours, c'est jouable en allant à l'essentiel et en limitant les dégustations. À l'inverse, si vous disposez d'une semaine, étirez le plaisir : ajoutez une journée pour le vignoble de Chablis au nord, une autre pour la Côte chalonnaise et le Mâconnais au sud, et offrez-vous des matinées de balade à vélo ou à pied entre les rangs. Comptez en moyenne une à deux visites de domaine par jour, pas davantage : la dégustation fatigue le palais et l'attention, mieux vaut peu et bien que beaucoup et flou.
Où dormir, zone par zone
Beaune est la base la plus pratique : centrale, animée, dotée d'hôtels de toutes catégories, de chambres d'hôtes et d'une foule de restaurants, elle permet de rayonner dans les deux Côtes. Pour une ambiance plus calme et plus authentique, dormez dans un village viticole : Gevrey-Chambertin et Vougeot offrent de belles chambres d'hôtes au cœur des vignes, Meursault et Puligny-Montrachet séduisent les amateurs de grands blancs. Dijon, à une extrémité, convient si vous arrivez en train et voulez visiter la ville avant de louer une voiture. Nuits-Saint-Georges, à mi-parcours, est une alternative pratique et moins chère que Beaune. Les hébergements de charme, en particulier chez les vignerons, sont prisés et se réservent plusieurs semaines à l'avance, surtout en septembre pendant les vendanges et en novembre pour la vente des Hospices. Réservez tôt, et privilégiez si possible un domaine où l'hôte vous fera goûter ses vins : c'est souvent le plus beau souvenir du séjour.
Budget détaillé
Pour deux personnes sur trois jours, hors transport pour rejoindre la Bourgogne, comptez en moyenne 600 à 1 200 euros. L'hébergement de charme oscille entre 90 et 200 euros la nuit selon le confort et la saison, soit 180 à 400 euros sur la durée. Côté repas, un déjeuner de bistrot revient à 20 à 35 euros par personne, un dîner gastronomique à Beaune peut grimper de 50 à plus de 120 euros : prévoyez 60 à 120 euros par jour et par personne en mêlant les deux. Les dégustations sont parfois gratuites dans les petits caveaux, mais les visites de domaines réputés ou les ateliers se paient désormais souvent de 15 à 50 euros par personne, déduits ou non en cas d'achat. La grande variable reste les bouteilles : on peut se contenter de jolis villages à 20 à 40 euros, ou craquer pour un premier cru à plus de 80 euros. Pour rejoindre la Bourgogne, le train Paris-Dijon coûte 30 à 90 euros selon l'anticipation, plus la location de voiture à environ 50 à 90 euros par jour. En venant en voiture, comptez le carburant et les péages depuis votre point de départ.
Voiture, vélo et stationnement
La voiture reste le moyen le plus simple et le plus souple pour relier les villages à son rythme, d'autant que les distances sont courtes et la conduite facile sur les petites départementales balisées en marron. Attention toutefois : qui dit dégustation dit alcool, et la tolérance est de zéro virgule cinq gramme par litre de sang en France, soit l'équivalent de deux verres pour beaucoup de gens. Désignez un conducteur sobre, recrachez systématiquement lors des dégustations (les domaines mettent toujours un crachoir à disposition), ou optez pour une excursion guidée en minibus au départ de Beaune ou de Dijon. Le vélo est une superbe alternative : la Voie des Vignes, piste cyclable balisée et largement plate, relie Santenay à Beaune puis remonte vers la Côte de Nuits, permettant de pédaler en sécurité entre les rangs de vigne. De nombreux loueurs proposent vélos classiques et électriques à Beaune. Côté stationnement, les villages disposent de petits parkings gratuits, souvent à l'entrée du bourg ; Beaune et Dijon ont des parkings payants en centre-ville, mieux vaut s'y garer en périphérie et marcher. Ne vous garez jamais dans les chemins de vigne, souvent réservés aux engins agricoles.
Gastronomie et spécialités locales
La Bourgogne est une terre de gourmandise autant que de vin, et les accords mets-vins y atteignent des sommets. Les incontournables salés : les œufs en meurette, pochés et nappés d'une sauce au vin rouge, le bœuf bourguignon mijoté des heures, le coq au vin, le jambon persillé en gelée, les escargots de Bourgogne au beurre d'ail et persil, et la pôchouse, matelote de poissons de rivière. Côté fromages, l'Époisses, puissant et coulant, lavé au marc de Bourgogne, et son cousin l'Ami du Chambertin, le Soumaintrain, ou encore les fromages frais. La moutarde de Dijon, à la pression dans les boutiques de la capitale, relève tout. Pour le sucré, le pain d'épices de Dijon, les cassissines au cassis et la fameuse crème de cassis qui, mêlée à l'aligoté, donne le kir, apéritif emblématique. Goûtez aussi les gougères, ces petits choux au fromage servis tièdes à l'apéritif, parfaites avec un verre de blanc. Les marchés de Dijon, Beaune et Nuits-Saint-Georges débordent de ces trésors. Attablez-vous au moins une fois dans un vrai bistrot à vin pour vivre l'accord parfait entre un grand cru et un plat régional : c'est là que le voyage prend tout son sens.
Météo mois par mois
Le printemps, d'avril à juin, est une période magnifique : la vigne reverdit, les coteaux se couvrent de jeunes pousses, les journées s'allongent et les températures deviennent douces, idéales pour les balades à vélo. Méfiez-vous des gelées tardives d'avril qui peuvent encore surprendre. L'été, en juillet et août, est chaud et lumineux, parfait pour les terrasses et les pique-niques dans les vignes, mais c'est aussi la haute saison touristique, plus fréquentée, et certains domaines réduisent les visites pendant les congés. Septembre est un moment magique, celui des vendanges : le vignoble s'anime, on croise les machines et les équipes au travail, l'air sent le raisin mûr, mais les vignerons sont alors très occupés, réservez vos visites bien à l'avance. Octobre embrase les coteaux de jaune, d'or et de roux, offrant les plus belles lumières de l'année pour la photographie. L'hiver, de novembre à mars, est calme et froid, la vigne est nue et taillée ; novembre garde un attrait fort avec la célèbre vente des Hospices de Beaune, mais beaucoup de petits domaines et de restaurants ferment, et l'expérience perd de son éclat. La fenêtre idéale reste donc de mai à octobre.
Que mettre dans la valise ?
Prévoyez des vêtements confortables et superposables, car les caves de dégustation sont fraîches, souvent autour de douze degrés, même en plein été : un pull ou une veste légère est indispensable pour descendre dans les celliers voûtés. De bonnes chaussures fermées et confortables pour marcher dans les chemins de vigne, parfois caillouteux ou boueux après la pluie. Un imperméable léger, car la Bourgogne connaît des averses en toute saison. Des lunettes de soleil et une casquette pour les balades en plein cagnard d'été. Pour les amateurs de vélo, une tenue adaptée si vous comptez emprunter la Voie des Vignes. Côté pratique, emportez un carton renforcé ou des protections de bouteilles si vous comptez rapporter du vin, ou achetez sur place des cartons six bouteilles dans les domaines. Un carnet de dégustation et un crayon aident à se souvenir des coups de cœur et des domaines à recommander. Enfin, n'oubliez pas de réserver à l'avance vos visites de prestige par mail ou téléphone, et gardez les confirmations sur votre téléphone.
Idée d'itinéraire jour par jour
Jour 1, la Côte de Nuits et les grands rouges : matinée à Dijon (palais des ducs, moutarde, Halles), puis route vers le sud par Marsannay, Fixin et Gevrey-Chambertin pour le déjeuner. L'après-midi, descente par Morey-Saint-Denis, Chambolle-Musigny, le château du Clos de Vougeot et Vosne-Romanée, avec une dégustation, nuit à Nuits-Saint-Georges ou Beaune. Jour 2, Corton et Beaune : visite de la colline d'Aloxe-Corton et de ses toits vernissés le matin, puis journée entière à Beaune (Hôtel-Dieu, caves, Cité des Climats et Vins, marché si c'est samedi), nuit à Beaune. Jour 3, la Côte de Beaune et les grands blancs : départ par Pommard et Volnay pour comparer deux rouges opposés, déjeuner à Meursault, après-midi à Puligny-Montrachet et Chassagne-Montrachet pour l'apothéose des blancs, dernier arrêt à Santenay et montée au moulin pour un panorama d'adieu sur le vignoble. Ce découpage laisse le temps de déguster sans courir et alterne villes, villages et balades dans les vignes.
Variantes et extensions
La Route des Grands Crus n'est que le cœur d'un vignoble bien plus vaste, et plusieurs prolongements subliment le voyage. Au sud de Santenay, basculez sur la Côte chalonnaise et ses appellations plus abordables et tout aussi savoureuses : Rully et son crémant, Mercurey et ses rouges généreux, Givry, Montagny pour les blancs. Plus au sud encore, le Mâconnais et son fameux Pouilly-Fuissé, au pied des spectaculaires roches de Solutré et de Vergisson, méritent une journée, avant le Beaujolais et ses crus. Au nord, à environ une heure et demie de Dijon, le vignoble de Chablis offre un tout autre visage du chardonnay, vif, minéral, tendu, dans un paysage de coteaux crayeux : une journée complète y est facile à occuper. Pour les amateurs de patrimoine, l'abbaye de Cîteaux, berceau de l'ordre cistercien qui a façonné le vignoble, se visite à quelques kilomètres à l'est de Vougeot, et l'on y achète un excellent fromage produit par les moines. Enfin, la Voie des Vignes à vélo constitue une variante complète et écologique de l'itinéraire classique, à plat et loin de la circulation.
Erreurs à éviter
La première erreur est de vouloir tout déguster : enchaîner les domaines sature le palais et brouille les souvenirs, sans parler du danger pour la conduite. Limitez-vous à une ou deux visites par jour et recrachez. Deuxième piège, débarquer dans les grands domaines sans rendez-vous : les maisons prestigieuses ne reçoivent que sur réservation, parfois prise des semaines à l'avance ; pour l'improvisation, privilégiez les caveaux de village et les boutiques. Troisième écueil, sous-estimer le froid des caves et arriver en tee-shirt en plein été : on grelotte vite dans les celliers. Évitez aussi de venir un lundi, jour de fermeture fréquent des domaines et de certains restaurants, et de programmer le voyage en plein cœur des vendanges de septembre sans avoir réservé, car les vignerons sont alors débordés. Ne vous garez jamais dans les parcelles ni dans les chemins agricoles, et ne cueillez surtout pas de raisin, même un grain : la vigne est une propriété privée et chaque grappe compte. Enfin, ne réduisez pas la Bourgogne à ses noms les plus chers : les plus belles surprises et les meilleurs rapports qualité prix se cachent souvent dans les villages discrets comme Fixin, Morey ou Santenay.
Réserver ses visites et dégustations
L'organisation des visites est la clé d'un séjour réussi. Pour les domaines de renom, écrivez plusieurs semaines à l'avance par mail, en précisant le nombre de personnes, vos disponibilités et votre niveau d'intérêt : beaucoup limitent les groupes et privilégient les amateurs sincères. Les offices de tourisme de Beaune et de Dijon, ainsi que les maisons des vins, proposent des dégustations didactiques et des parcours organisés, parfaits pour débuter et comprendre les appellations sans pression. La Cité des Climats et Vins de Bourgogne, à Beaune, Chablis et Mâcon, offre une approche moderne, ludique et complète, idéale en début de séjour pour poser les bases avant les visites de terrain. De nombreuses agences locales organisent des excursions en minibus avec chauffeur, qui résolvent élégamment la question de l'alcool au volant et incluent souvent des visites de caves privées difficiles d'accès en solo. Pour les caveaux collectifs et les boutiques de village, aucune réservation n'est nécessaire : c'est là que l'on improvise au gré des envies. Pensez enfin à étaler les styles dans la journée pour éviter la lassitude, en alternant rouges et blancs, et à boire beaucoup d'eau entre les arrêts. Si vous voyagez en groupe, sachez que de nombreux domaines facturent désormais une dégustation symbolique souvent déductible en cas d'achat, une façon juste de rémunérer le temps du vigneron et de garantir un accueil de qualité. N'hésitez pas à acheter quelques bouteilles directement chez celui qui vous a reçu : c'est le meilleur moyen de soutenir une viticulture familiale et de repartir avec des vins introuvables ailleurs.
Comprendre les appellations et la hiérarchie
La Bourgogne possède une hiérarchie d'appellations parmi les plus fines du monde, qu'il est utile de maîtriser pour acheter juste. À la base, les appellations régionales, simplement « Bourgogne », issues de parcelles diverses. Au-dessus, les appellations village, qui portent le nom de la commune, comme Gevrey-Chambertin ou Meursault. Plus haut, les premiers crus, qui ajoutent au nom du village celui d'un Climat précis particulièrement réputé, par exemple Volnay premier cru Caillerets. Au sommet, les grands crus, vendus sous le seul nom du Climat sans celui du village, comme Chambertin, Corton ou Montrachet : ce sont les parcelles d'élite, souvent minuscules. Subtilité célèbre : de nombreux villages ont accolé à leur nom celui de leur grand cru le plus prestigieux au XIXe siècle, ce qui explique pourquoi Gevrey est devenu Gevrey-Chambertin et Chambolle, Chambolle-Musigny. Comprendre cette pyramide permet de saisir pourquoi deux bouteilles d'un même village peuvent varier du simple au décuple, et de trouver d'excellents rapports qualité prix en visant les beaux villages et premiers crus de communes moins médiatisées.
Les Climats, un patrimoine mondial unique
Pour vraiment comprendre la Route des Grands Crus, il faut saisir ce qu'est un Climat, mot qui n'a ici rien à voir avec la météo. Un Climat, en Bourgogne, est une parcelle de vigne précisément délimitée, portant un nom qui lui est propre, et dont les caractéristiques de sol, de sous-sol, de pente et d'exposition donnent un vin reconnaissable et distinct de celui de la parcelle voisine, même mitoyenne. Ce découpage en environ 1 250 Climats sur la Côte d'Or est le fruit de près de mille ans d'observation patiente, commencée par les moines bénédictins de Cluny et cisterciens de Cîteaux au Moyen Âge, qui goûtaient et comparaient les vins parcelle par parcelle, allant parfois, dit la légende, jusqu'à goûter la terre elle-même. Ce patrimoine vivant, sans équivalent ailleurs dans le monde viticole, a été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2015. En parcourant la route, vous lisez ce cadastre du goût à ciel ouvert : les bornes de pierre gravées, les murets des clos, les noms peints sur les portails de cave racontent cette histoire millénaire. C'est ce qui fait que, sur la même colline et avec le même cépage, deux Climats voisins produisent des vins reconnaissablement différents, fascinant mystère que la dégustation comparative permet d'apprivoiser.
Mille ans d'histoire viticole
L'histoire du vignoble bourguignon est inséparable de celle de l'Église et du pouvoir. Si les Romains ont planté les premières vignes, ce sont les ordres monastiques qui, du Xe au XIIIe siècle, ont façonné la Côte telle qu'on la connaît. Les moines, disposant de temps, de bras et d'un sens aigu de l'observation, ont défriché, planté, muré les clos et identifié les meilleures parcelles, posant les fondations du classement actuel. Le Clos de Vougeot, créé par les cisterciens, en est le symbole le plus parlant. À partir du XIVe siècle, les ducs de Bourgogne, parmi les princes les plus puissants d'Europe, firent de leur vin un instrument de prestige diplomatique et imposèrent le noble cépage pinot noir au détriment du gamais jugé vulgaire. Après la Révolution, les biens du clergé et des nobles furent vendus et morcelés, expliquant l'extraordinaire fragmentation actuelle de la propriété, où un seul Climat peut compter des dizaines de propriétaires se partageant quelques rangs chacun. Le XIXe siècle vit la consécration internationale, mais aussi le drame du phylloxéra, ce puceron qui dévasta le vignoble avant que le greffage sur porte-greffe américain ne le sauve. Aujourd'hui, la Bourgogne perpétue cet héritage avec un soin maniaque, entre tradition séculaire et virage écologique vers la biodynamie, garante de la pérennité de ses terroirs d'exception.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour faire la Route des Grands Crus de Bourgogne ?
Comptez 3 jours pour un rythme confortable entre Dijon et Santenay. Le trajet ne fait qu'une soixantaine de kilomètres, mais l'intérêt n'est pas de rouler : c'est de s'arrêter dans les villages, de visiter des domaines et de déguster. On peut le faire en 2 jours en allant à l'essentiel, ou s'offrir 4 à 5 jours pour pousser jusqu'au Mâconnais et au Chablisien.
Dans quel sens faire la Route des Grands Crus ?
Du nord au sud, de Dijon vers Santenay. C'est le sens balisé par les panneaux marron de la D122 puis de la D973 et de la D974, et il suit la logique géographique : on descend la Côte de Nuits, royaume des grands rouges, avant la Côte de Beaune et ses blancs légendaires, pour finir en douceur à Santenay.
Quelle est la meilleure saison pour la Route des Grands Crus ?
De mai à octobre. Mai et juin offrent une vigne verte et lumineuse, septembre coïncide avec les vendanges et l'effervescence des domaines, octobre embrase les coteaux de jaune et d'or. Évitez l'hiver, où beaucoup de petits domaines ferment et où la vigne est nue.
Peut-on visiter et déguster sans rendez-vous ?
Pour les grands domaines, la visite se fait presque toujours sur rendez-vous, parfois plusieurs semaines à l'avance. Mais les villages regorgent de caveaux et de boutiques de vignerons qui accueillent en accès libre, ainsi que de caveaux collectifs comme la Cité des Climats et Vins à Beaune. Réservez les visites de prestige, improvisez le reste.
Quel budget prévoir pour la Route des Grands Crus ?
Sur 3 jours pour deux personnes, comptez environ 600 à 1 200 euros hors transport pour rejoindre la Bourgogne : hébergement de charme, repas gastronomiques, dégustations payantes et quelques bouteilles. On peut réduire fortement en privilégiant les chambres d'hôtes, les pique-niques dans les vignes et les caveaux gratuits.
Faut-il une voiture pour faire la Route des Grands Crus ?
La voiture reste le plus simple pour relier les villages à votre rythme, mais le vélo est une superbe alternative : la Voie des Vignes, piste cyclable balisée, longe une grande partie de l'itinéraire à plat. Pensez au conducteur désigné ou aux excursions guidées si vous comptez beaucoup déguster.
Que sont les Climats de Bourgogne classés à l'UNESCO ?
Les Climats sont des parcelles de vigne précisément délimitées depuis des siècles, chacune avec son sol, son nom et son microclimat propres. Ce découpage unique au monde, fruit de mille ans de travail des moines puis des vignerons, est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2015. La Route des Grands Crus les traverse de part en part.
Où dormir le long de la Route des Grands Crus ?
Beaune est la base idéale, centrale et animée, avec hôtels et restaurants. Pour plus de calme, dormez dans un village viticole comme Gevrey-Chambertin, Vougeot, Meursault ou Puligny-Montrachet, en chambre d'hôtes chez un vigneron. Dijon et Nuits-Saint-Georges complètent l'offre aux deux extrémités.
Peut-on prolonger la Route des Grands Crus ?
Oui. Au sud de Santenay, on bascule sur la Côte chalonnaise (Rully, Mercurey, Givry) puis le Mâconnais (Pouilly-Fuissé) et jusqu'au Beaujolais. Au nord, le vignoble de Chablis, à une heure et demie, mérite une journée pour ses blancs minéraux. La Route des Grands Crus n'est que le cœur d'un vignoble bien plus vaste.
Que rapporter de la Route des Grands Crus ?
Des bouteilles évidemment, achetées directement au domaine, mais aussi de la moutarde de Dijon artisanale, du pain d'épices, des cassis et crème de cassis pour le kir, des fromages comme l'Époisses ou l'Ami du Chambertin, et des escargots de Bourgogne en conserve. Prévoyez un carton renforcé pour transporter le vin.
Prêt à partir ?
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